Behind the Stack : Comment Defacto reconstruit l’infrastructure du crédit B2B

Ravi de vous retrouver ! Pour le deuxième épisode de Behind the Stack, nous donnons la parole à Marco Gires, CTO de Defacto, afin d’explorer la technologie qui propulse l’une des plateformes de prêt embarqué les plus ambitieuses d’Europe.
Cette année, la fintech a bouclé une levée de fonds de 16 millions d’euros et a renforcé sa capacité de financement du besoin en fonds de roulement des PME, désormais portée à 1,8 milliard d’euros. Elle a franchi une étape majeure, avec plus de 12 000 PME accompagnées et un volume total de financement dépassant le milliard d’euros.
De la conception API-first à la gestion du risque en temps réel, Defacto a passé ces deux dernières années à repenser ce que peut être une infrastructure de crédit B2B.
Dans cet entretien, nous explorons comment leur culture engineering influence la stratégie produit, pourquoi la conformité constitue un véritable avantage compétitif, et quels paris audacieux leur ont permis de croître rapidement avec une équipe resserrée.
1. Comment décririez-vous la vision technologique de Defacto, et comment a-t-elle évolué au cours des deux dernières années ?
Lorsque nous avons lancé Defacto, la mission était ambitieuse : devenir la première véritable solution de prêt instantané API-first pour financer le besoin en fonds de roulement des PME. Pour y parvenir, nous avons dû tout reconstruire, de l’onboarding jusqu’au décaissement, car la vitesse n’est possible que lorsqu’on maîtrise toute la chaîne de valeur.
Deux ans plus tard, nous n’avons pas seulement démontré que le prêt instantané fonctionne, nous avons réinventé l’économie du crédit B2B. Et maintenant ? D’autres veulent construire par-dessus ce que nous avons créé. Nous évoluons donc vers quelque chose de plus grand : une infrastructure de prêt modulaire et scalable qui permet à n’importe quel partenaire de concevoir et de distribuer des produits financiers sur mesure, partout.
2. Quel rôle joue votre équipe d’ingénierie dans l’élaboration de la stratégie produit ?
La technologie est dans l’ADN de Defacto. Chaque business unit a un responsable unique qui la pilote, mais toujours avec la tech à ses côtés. Nous sommes une équipe resserrée de moins de 30 personnes, dont plus de la moitié sont des ingénieurs seniors avec plus de 7 ans d’expérience. Cela nous donne un effet de levier considérable et permet à la tech d’influencer non seulement la manière dont nous grandissons, mais aussi la direction que nous prenons.
3. Comment conciliez-vous l’innovation à long terme avec la pression de livraison à court terme ?
J’essaie d’intégrer une réflexion à long terme dans chaque décision court terme. C’est comme planter une forêt : chaque quick win doit s’inscrire dans une conception plus large.
Ma règle d’or ? Une fois qu’un problème est bien cadré et que le design est solide, l’implémentation n’est plus que… du CRUD (Create, Read, Update, Delete). Rapide, simple, fiable.
4. Quels principes architecturaux guident la conception de votre plateforme ?
Nous vivons selon trois principes fondamentaux :
Domain-Driven Design → Des frontières claires = une meilleure capacité à évoluer.
API-First → Tout ce que nous faisons doit être programmable.
Critical vs non-critical path → Le crédit n’a en réalité que deux moments vraiment critiques : l’onboarding et la soumission du prêt.
Tout le reste : contrôles anti-fraude, parsing de documents, scoring se fait de façon asynchrone en arrière-plan.
5. Comment soutenez-vous le prêt embarqué en temps réel à grande échelle ?
Le prêt en temps réel ne se résume pas à la vitesse. Il s’agit de faire confiance à une machine qui peut dire « oui » à 9 millions d’euros prêtés en une seule journée. Il faut donc que la gouvernance soit intégrée au système. Pouvez-vous expliquer chaque décision ? Pouvez-vous surveiller son comportement en direct ? Si quelque chose change, pouvez-vous ajuster la logique en quelques minutes ?
Si la réponse est oui à ces trois questions, alors vous êtes prêts pour le prêt en temps réel.
6. Avez-vous pris des paris technologiques audacieux qui ont payé (ou pas) ?
Nous avons tout misé sur les LLMs (Large Language Model) dans l’ensemble de notre stack, et cela a changé la donne. Malgré une équipe restée à 27 personnes, notre revenu par employé atteint 450 000 €. Les LLMs nous aident à mettre à l’échelle les opérations, le risque, le service client… partout. C’est comme avoir un superpouvoir intégré dans chaque équipe.
7. Comment votre équipe est-elle structurée pour favoriser la collaboration ?
Chez nous, pas d’organigrammes rigides. La structure évolue selon les priorités du moment. Pour un lancement majeur, tout le monde est mobilisé. Pour la montée en charge, nous nous organisons par business unit. Pour un travail technique approfondi, nous nous alignons par expertise (sécurité, infrastructure, etc.).
Mais s’il fallait retenir une structure à laquelle nous revenons régulièrement, ce serait celle des squads par business unit : risque, distribution, infrastructure de paiement, etc. Nous recrutons des profils généralistes capables de passer d’une unité à l’autre. Car la mobilité favorise la compréhension, et la compréhension conduit à de meilleures décisions.
8. Quelle est votre philosophie en matière de recrutement ?
Nous ne recrutons jamais pour un rôle spécifique. Toutes les personnes que nous faisons entrer sont fullstack, flexibles et curieuses, car la feuille de route d’une startup évolue vite.
Et nous n’oublions jamais ceci : les bons candidats nous évaluent autant que nous les évaluons. Nous travaillons dur pour être l’entreprise qu’ils auront envie de choisir. Notre processus est conçu pour que Defacto soit leur option n°1.
9. Comment gérez-vous la gouvernance des données dans le prêt embarqué ?
Honnêtement, c’est l’une des parties les plus complexes, en partie parce que le cadre légal n’est pas toujours parfaitement clair.
Nous avons donc construit notre propre couche d’accès aux données, qui trace la propriété et les droits pour chaque enregistrement. Chaque requête transporte une identité, et cette identité est appliquée au niveau de la base de données. C’est précis, auditable, scalable, et configurable en fonction des exigences légales.
10. Comment conciliez-vous conformité et innovation ?
Nous commençons toujours par concevoir le meilleur parcours utilisateur possible. Ensuite, nous adaptons la réglementation pour qu’elle s’intègre à ce parcours.
Une leçon que nous avons apprise très tôt : la conformité est un véritable avantage concurrentiel. Elle nous rend plus résilients.
Nous avons intégré quasiment tous les processus réglementaires directement dans notre plateforme. Pourquoi ? Parce qu’après avoir subi quatre audits indépendants en six mois, on comprend vite que les processus manuels ne passent pas à l’échelle.
11. Comment intégrez-vous la fraude et le risque de crédit dans la stack ?
Nous avons centralisé toute la logique anti-fraude dans un seul domaine. Aucun nouveau prêt n’est validé s’il existe un doute : c’est systématique.
Côté outils, les opérateurs et services peuvent facilement signaler des suspicions, ce qui constitue un ensemble de données robuste et entièrement auditable.
Pour le risque de crédit, nous avons séparé le modèle de la logique de décision. Le modèle fournit les données, et la logique prend la décision.
Selon leur complexité, les modèles sont hébergés dans Git, SageMaker ou sur des plateformes tierces.
12. Comment concevez-vous vos API et intégrations pour la finance embarquée ?
La conception d’API repose sur l’agnosticisme : ne pas coder en dur les cas d’usage d’aujourd’hui. Nos APIs peuvent ainsi supporter des cartes de crédit, du BNPL, des prêts long terme… tout l’éventail.
Pour les intégrations, nous collaborons souvent avec des intégrateurs. Pourquoi ? Parce que notre cœur de propriété intellectuelle est le prêt, pas les connecteurs. Notre avantage réside dans l’underwriting et l’automatisation.
13. Qu’est-ce qui est le plus difficile lorsqu’on se connecte aux écosystèmes partenaires ?
Trois choses me viennent à l’esprit. Le temps de développement des partenaires est limité : toute modification après un lancement devient une négociation.
Côté marketing, même avec une intégration de grande qualité, il arrive que les partenaires ne la promeuvent pas.
Enfin, il faut trouver le bon équilibre entre éligibilité et valeur : les partenaires veulent une large éligibilité, mais le prêt implique souvent de restreindre l’accès. Trouver ce juste équilibre est un vrai défi.
14. Comment choisissez-vous vos plateformes externes (KYC, agrégateurs, etc.) ?
Nous prenons en compte plusieurs critères, mais les principaux restent la qualité des APIs, la réactivité du support, la portée internationale et le coût. Dans le prêt à faibles marges, un coût de 10 € par mois et par client peut mettre en péril tout le modèle.
15. Comment la tech et les opérations travaillent-elles ensemble ?
Nous fonctionnons en squads, en associant des responsables métiers (risque, ventes, finance, etc.) avec une équipe tech dédiée. Ensemble, ils endossent le rôle de product manager de la squad. La collaboration est au cœur de ce modèle.
16. Comment testez-vous sans rien casser ?
LaunchDarkly est notre meilleur allié pour assurer des déploiements progressifs et fluides. Nous avons une couverture de tests massive, avec plus de 8 000 tests (unitaires, d’intégration, end-to-end). C’est notre plus gros investissement en temps, mais c’est ce qui nous permet d’avancer vite et sans crainte.
17. Quelle est la prochaine étape pour la plateforme de Defacto ?
Rendre notre plateforme entièrement self-serve et configurable, afin que n’importe quel acteur: banques, institutions financières, fintechs, SaaS, marketplaces puisse lancer des fonctionnalités de prêt en quelques jours, et non en quelques mois.
18. Si vous pouviez reconstruire Defacto aujourd’hui, que feriez-vous différemment ?
Je parlerais à davantage d’experts du prêt, et pas seulement à des pros de la fintech. Le secteur est rempli de nuances qui prennent des années à assimiler. Nous aurions pu assimiler certaines de ces nuances plus rapidement.
19. Quel rôle jouera l’IA dans votre stack à l’avenir ?
Partout :
- dans le traitement des données, pour construire un bilan en temps réel à partir des transactions bancaires
- dans notre décision d’octroi, pour analyser des documents ad hoc
- dans notre modèle de risque, pour prédire l’insolvabilité
- dans la détection de fraude
- dans notre processus de recouvrement, pour contacter les emprunteurs en retard de paiement
- dans notre équipe support
- dans notre équipe dev, via Cursor
- et dans notre quotidien, pour générer toutes les requêtes SQL nécessaires à l’analyse du business
20. Comment gérez-vous la dette technique dans un contexte de forte croissance ?
Nous ne mettons jamais le business en pause pour refactoriser. Mais nous savons toujours où se trouve notre dette. Lorsqu’un projet l’implique, nous prévoyons 1 à 2 semaines de nettoyage. La dette doit être remboursée progressivement, jamais ignorée.
21. Quel conseil donneriez-vous à d’autres CTOs qui construisent dans la finance B2B ?
La fintech, c’est 95 % de cas particuliers. Le parcours idéal est simple. La vraie vie, non.
Investissez tôt dans la modélisation des données et la précision comptable. Perdre la trace de l’argent est un cauchemar que vous ne voulez pas vivre
Le parcours de Defacto montre à quel point la technologie et le produit sont étroitement liés dans le futur de la finance. En combinant une infrastructure modulaire, de solides principes d’ingénierie et une approche pragmatique de la réglementation, l’équipe construit bien plus qu’une simple solution de prêt instantané. Comme le rappelle Marco, la croissance ne repose pas seulement sur la vitesse, mais aussi sur la responsabilité, la précision et la création de systèmes dignes de confiance !
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